Les Fleurs coupées 1 de couv

Les Fleurs coupées 4 de couv

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Extrait :

 

La tradition est plus forte que la loi

 

Mon excision a lieu dans mon village natal, à Kindia, un village de Guinée Conakry. J’ai 7 ans, nous sommes 9 enfants. Je ne m’y attends pas. L’école est finie, maman nous annonce qu’on s’en va. Je pense qu’on part en vacances.

Un soir – la veille de l’excision, en fait - un rassemblement est organisé par les tantes paternelles. Les fillettes sont préparées, on leur annonce : « Dès demain, vous allez assister à une grande cérémonie qui va vous permettre de vous sentir femme ». Le lendemain, on nous emmène dans une cabane à ciel ouvert, une autre femme est là aussi, qu’on appelle « Sima ». C’est elle qui est chargée de nous initier pendant l’excision. Deux ou trois autres femmes aussi sont présentes ; leur nombre dépend du poids de l’enfant. On porte toutes le même pagne. On nous fait entrer chacune notre tour dans la cabane. Dès que je vois le couteau, j’ai très peur. Je commence déjà à trembler… mais aucune possibilité de m’enfuir. Je voudrais m’évanouir. Les autres attendent leur tour plus loin, assez loin pour ne pas entendre mes cris.

On me fait enlever le pagne, je le pose sur la natte et je me couche dessus complètement nue ; une femme me tient les pieds pour ne pas que je bouge.

Dès que j’ai vu le matériel, j’ai compris qu’on allait m’exciser. Chez nous on coupe le clitoris et les lèvres ; ensuite on découpe de petits pagnes qu’on plie et qu’on attache avec une corde : il n’y a pas de couture. Chez les Peuhls des familles cousent la fille pour qu’elle garde sa virginité mais chez nous, on ne fait pas ça, il n’y a pas d’infibulation.

S’asseoir, marcher… après l’excision tout pose problème. J’ai beaucoup de douleurs. Ma plus grande sœur saigne trop. On l’emmène à l’hôpital où on réussit à la soigner.

Dans les hôpitaux personne ne dit rien par rapport à ces pratiques. Même le gouvernement ne dit rien, même la justice ne dit rien. C’est une coutume qu’il faut respecter. La tradition est plus forte que la loi.

Devenue mère, j’ai fait tout le parcours, contacté la gendarmerie, la justice, afin d’obtenir une protection pour mes deux filles, pour qu’elles ne subissent à leur tour cette pratique : j’ai toujours été déboutée de ma demande ; j’ai témoigné dans un journal de mon pays, j’avais déjà quitté mon mari, j’étais cachée chez une amie, ni ma famille ni ma belle-famille ne savaient à quel endroit je me trouvais. J’ai bénéficié d’une aide pour m’enfuir avec mes filles. Je suis en France depuis 2014.