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Extrait 1 :

Elle parcourt quelques mètres, se déchausse, se laisse choir sur un tronc de bois flotté qui gît couché en biais sur le sable, à fleur d’eau, grisâtre et humide tel une baleine échouée. Elle penche la tête, plaque ses mains sur ses yeux. À nouveau l’horripilante petite voix :

-        Tu sais depuis combien de temps tu es là ?

-        J’ai pas compté, non. C’est important ?

-        4 jours ; ça fait 4 jours entiers.

-        Si tu le dis.

-        Et tu as fait quoi, pendant ces 4 jours ?

-        Oh, des tas de choses.

-        Ah oui, lesquelles ?

-        Eh bien j’ai… j’ai vécu.

-        Tu as mangé, tu as bu, tu t’es abrutie de sommeil… si c’est ça que tu appelles vivre !

C’est toujours pareil. La voix l’a à l’usure. C’est vrai que pendant ces quatre jours, elle s’est complu à ne rien faire, à ne pas penser, surtout ne pas penser. Il serait peut-être temps de faire le point ? En se disant cela, elle se demande d'où vient cette injonction, cette obligation de ramasser en un tout cohérent et rationnel les bris d'elle-même, de leur donner un sens. En éprouve-t-elle vraiment le désir ou obéit-elle malgré elle à une loi implicite des humains qui se rassurent en mettant leur folie en mots, fussent-ils creux, insipides, contraires à leurs actes ? N'hésitant pas à enfermer dans des cases ceux qui bousculent leurs codes, dérogent à leurs règles de bonne conduite. Nul doute que lorsqu'elle rentrera au bercail il lui faudra expliquer son « coup de sang » comme le qualifiera certainement Marcus, le justifier, l'enrober de paroles sensées ponctuées d'anglicismes branchés : stress, burnout... qui lui permettront d'être comprise ou du moins admise par le plus grand nombre, de réintégrer à moindre coût sa vie sociale.
Se mouler à nouveau dans le corset sécuritaire de la norme. Quitte à ne plus pouvoir respirer.

Elle s'est éloignée, s'est posée. Dissimulé derrière un buisson de myrte, il la fixe. À trop croiser le soleil, ses yeux sont deux fentes brûlantes. Elle, un coquillage chamarré suspendu par un bout de bois mort aux pans de l’immensité. Comme une faute de goût, presque une incongruité.

Extrait 2 :

M3

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